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TitleThéophile OBENGA - L'Égypte, La Grèce Et l'École d'Alexandrie
TagsAstronomy Science (General)
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Page 1

Théophile OBENGA

, ,
L'EGYPTE, LA GRECE

ET
,

L'ECOLE D'ALEXANDRIE

Histoire interculturelle dans l'Antiquité

Aux sourceségyptiennesde la philosophie grecque

Page 2

(Ç;)KHEPERA, 2005
ISBN: 2-909885-12-7

http://www.ankhonline.com

www.librairieharmattan.com
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[email protected]

(Ç)L'Harmattan, 2005
ISBN: 2-7475-9199-9
EAN : 9782747591997

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Chapitrel

Les Grecs dans la Vallée du Nil.
Itinéraires empruntés. Prix du voyage.

Comment les Grecs d'Ionie et les Grecs des temps classiques eurent-ils accès à
la vallée du Nil?

Grecsde toute provenance: Ionienset Cariensd'Asie Mineure, Grecsdesîles et
du continent proprement dit, Grecs de Cyrène, se répandirent dans toute
l'Égypte, terre de vieille civilisation et d'une fertilité prodigieuse, sous les
Pharaons de la XXVIe dynastie (664-525 avo notre ère), Psammétique J,
Néchao II, Psammétique II, Apriès et Amasis, rois enterrésdansle temple de
Neith à Saïs. Précisément,durantcettedynastieégyptienne,le paysconnut une
belle renaissance politique (la cour et l'administration reconstituées après
l'expulsion desAssyriens et desÉthiopiens de la XXve dynastie), intellectuelle
(l'écriture démotique), artistique et religieuse (toutes les grandes villes
s'embellissent de constructions pieuses). L'Égypte commerce alors avec les
Grecs: Naucratis, sur la branchecanopiquedu Nil, prèsde Saïs,estun comptoir
commercial grec fondé par les Milésiens, sousPsammétique J (VIle siècle avo
notre ère). Naucratis ne sera éclipséequ'à la fondation d'Alexandrie, en 332
avant notre ère, par Alexandre le Grand. Les corps d'élite de l'armée
égyptiennesont forméspar desmercenaireset desaventuriersde Carie, d'Ionie
et de Doride. Les intellectuels suivent les commerçantset les mercenaires; un
sage de Saïs dira à Solon (qui n'était ni commerçant ni mercenaire, mais
étudianten quêtede savoir) que les Grecsn'étaientquedesenfants,au regardde
l'histoire et de la philosophie,desconnaissancesengénéral.

Le roi Amasis fut encore plus favorable aux Hellènes, qui s'établirent d'ailleurs
un peu partout, à Memphis, à Abydos, dans la Grande Oasis. Hérodote
rapporte: "Ami des Grecs, Amasis donna à quelques-uns d'entre eux des
marques de sa bienveillance (.). Amasis conclut avec les Cyrénnéens amitié et

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l'écliptique: "L'idée bambara et dogon de l'écliptique ne doit pas être
considérée comme une notion isolée dans la pensée de ces populations
soudanaises. Elle se relie à une synthèse intellectuelle, à une vue d'ensemble de
l'univers et des grands phénomènes de la nature."1O

Ainsi, les Dogon et les Bambara ont élaboré, eux aussi, comme les anciens
Égyptiens, une astronomie de caractère équatorial, et ils ont employé le
gnomon, mesuréles angles,représentégraphiquementle mouvementdu Soleil,
divisé le cercle en degrés,déterminé 360 levers et couchersdu Soleil durant
l'année,représentél'orbite apparentedu Soleil sousla forme du cercle divisé en
360 degrés,mesurél'inclinaison de l'écliptique qui fut, "selon touteprobabilité,
unede leursprincipales recherchesastronomiques."n

Dans l'Antiquité et dansles tempsprécoloniaux, il existait, en Afrique noire, de
la vallée du Nil à l'Afrique extrême-occidentale,de la vallée du Nil en Afrique
orientale (Éthiopie, Somali, Kenya), de véritables collèges d'astronomes
éruditsl2.

En apprenant la détermination et le calcul de l'obliquité de l'écliptique sur
l'équateur auprès des prêtres égyptiens, Œnopide avait accèsà un véritable
savoir scientifique et non à des "recettes empiriques", comme aiment à le
répétercertainsauteursmodernesmal intentionnés.

Et, de fait, une bonnepartie de l'historiographiemoderneposemalle problème,
en ramenant l'instruction des Hellènes célèbres dans la vallée du Nil à de
simples acquisitions "empiriques". Du moins, on ne nie plus avec fracas les
voyagesd'étudedesGrecsaupaysdePharaon.

Henri JOLY (1979), Luc BRISSON(1987) et Mario VEGETTI (1988), ont étudié
de façon approfondie la place importante que fait Platon, en connaissance de
cause, dans ses écrits (de maturité), de l'antiquité immémoriale de l'Égypte, qui
est évidemment désignée comme instauratrice de l'écriture, des jeux de dames,

JO Dominique Zahan,"Études sur la cosmologiedesDogon et desBambaradu SoudanFrançais.I.
La notion d'écliptique chez les Dogon et les Bambara", in Africa (Londres), Vol. XXI, Janvier
1951,nOI,pp. 13-23; pour la citation, p. 19.
Il Dominique Zahan,op. cit., p. 19.
12Marco Bassi, "On the Borana Calendrial System: A Preliminary Field Report", in Curren!
Anthropology, vol. 29, n04, 1988,pp. 619-624.Les Boranavivent au Nord du Kenya et au Sud de
l'Éthiopie. En 1978,8.M. Lynch et L.H. Robbins avaientétudié l'observatoire astronomiquede
Namoratunga,à l'Est du Lac Turkana.

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desjeux de dés, de même que l'Égypte est à l'origine des savoirs proprement
dits, arithmétique, géométrie,astronomie:ainsi, dansl'expérienceculturelle des
Grecs,le "rapport" de Platon à l'Égypte est vraiment exceptionnelet ne saurait
êtremis au nombrede simples"mythes" et de "légendes"fabriquésa posteriori,
car c'est Platon lui-même qui se réfère, dans des domaines essentiels, à
l'Égypte, pour nourrir sespropres développements,"dans l'ombre de Thoth",
comme dit si bien Mario VEGETTI, et Henri JOLY parle de "Platon
égyptologue", Luc BRISSONde "L'Égypte de Platon". Quelles que soient les
"formules", les précautionsstylistiques,on a l'impressionquePlaton vise bien à
une syncrétisationentre la vieille Égypte et la Grèce(qui a besoin de sedire et
de sereconnaîtreà travers l'Égypte), enun momentoù les scienceshumainesde
l'époque (classique) apparaissent,histoire, géographie,ethnologie, politologie,
égyptologieantiquel3.

Déjà, en 1956, l'humaniste Roger GODELavait consacréun ouvrage au séjour
studieux de Platon à Héliopolis, ville de Râ, où résidait un collège de prêtres
renommés pour ses connaissancestraditionnelles en astronomie: "Platon
recueillit les derniers feux, au crépuscule d'Héliopolis. Leur éclat suffisait
encore à l'éblouir. En ce lieu avait vécu une grande tradition sprirituelle et
politique (..). Le Soleil d'Héliopolis avait embrasé,inondé,fécondé la Terre
entière.

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L'historien et le philosophe qui a étudié avec beaucoup de critique et de
sympathie l'influence de la science égyptienne sur la science grecque avant
Socrate, est bien I.-Albert FAURE, en 1923 : son travail, modeste par le format,
est d'une grande richesse historique et d'un grand sens élevé des relations
culturelles entre divers peuples de l'AntiquitéI5.

Cette question historique des relations entre l'Égypte et la Grèce connaît des
développements très amples et fort neufs. Dans un gros ouvrage de 575 pages,
Martin BERNAL vient de démontrer que la civilisation de la Grèce ancienne,
tenue pour "classique" par l'Europe, n'est pas un foyer culturel sui generis.
C'était, dans la réalité des faits, une civilisation hybride, inspirée par l'Afrique
(l'Égypte ancienne) et l'Asie: la civilisation "classique" plonge ses racines,

13Mario Vegetti, "Dans l'ombre de Thoth.Dynamiques de J'écriture chez Platon" dans l'ouvrage
collectif Les savoirs de l'écriture en Grèce ancienne, sous la direction de Marce] Detienne,
PressesUniversitaires de Lille, 1988, pp. 387-419.
]4

RogerGode],Platon à Héliopolis d'Égypte, Paris,LesBellesLettres, 1956,p. 45.
]5 J.-AlbertFaure,L'Égypteetlesprésocratiques,Paris,Stock,1923.

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